Mobilité durable : verdir la flotte automobile de son entreprise

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La flotte automobile, angle mort de la stratégie carbone

Dans la plupart des entreprises disposant d’un parc automobile, les véhicules représentent entre 20 et 40 % des émissions de gaz à effet de serre. Pourtant, ce poste reste souvent le dernier à être traité dans les plans de décarbonation. Les raisons sont connues : attachement aux véhicules thermiques, crainte de l’autonomie insuffisante, complexité perçue du passage à l’électrique.

La réalité du marché a considérablement évolué. En 2025, l’offre de véhicules électriques et hybrides rechargeables couvre désormais l’ensemble des segments, des citadines aux utilitaires légers. Les coûts d’usage ont baissé et les infrastructures de recharge se sont densifiées avec plus de 140 000 points de charge accessibles au public en France.

Le cadre réglementaire qui pousse au changement

La loi LOM et ses quotas

La loi d’Orientation des Mobilités impose des quotas de véhicules à faibles émissions lors du renouvellement des flottes. Pour les entreprises de plus de 100 véhicules :

  • 20 % de véhicules à faibles émissions dans les renouvellements depuis 2024
  • 40 % à partir de 2027
  • 70 % à partir de 2030

Les véhicules à faibles émissions sont ceux qui émettent moins de 50 g de CO2/km, ce qui correspond en pratique aux véhicules électriques et aux hybrides rechargeables avec une autonomie électrique significative.

Les zones à faibles émissions (ZFE)

Les ZFE se multiplient dans les grandes agglomérations françaises. Paris, Lyon, Marseille, Strasbourg, Toulouse, Nice : les restrictions de circulation touchent progressivement les véhicules les plus polluants. Pour une entreprise dont les collaborateurs circulent en zone urbaine, disposer de véhicules conformes aux exigences des ZFE est devenu une nécessité opérationnelle.

La fiscalité comme levier

Le malus écologique sur les véhicules les plus émetteurs atteint désormais des niveaux dissuasifs. En parallèle, les véhicules électriques bénéficient d’un cadre fiscal avantageux :

  • Exonération de taxe sur les véhicules de société pendant les trois premières années
  • Amortissement fiscal majoré : plafond de 30 000 euros pour les véhicules électriques contre 9 900 euros pour les thermiques les plus émetteurs
  • Exonération partielle ou totale de la carte grise selon les régions

Analyser le TCO avant de décider

Qu’est-ce que le TCO ?

Le Total Cost of Ownership, ou coût total de possession, est le seul indicateur pertinent pour comparer les solutions. Il intègre l’ensemble des coûts sur la durée de détention du véhicule :

  • Prix d’achat ou loyer mensuel
  • Coût de l’énergie (carburant ou électricité)
  • Entretien et réparations
  • Assurance
  • Fiscalité (malus, TVS, amortissement)
  • Valeur résiduelle à la revente

L’électrique moins cher qu’on ne le pense

Un véhicule électrique de segment B (type Renault Mégane E-Tech ou Peugeot e-308) affiche un surcoût à l’achat d’environ 8 000 à 12 000 euros par rapport à son équivalent thermique. Mais les économies d’usage compensent largement ce surcoût :

  • Coût au kilomètre en énergie : environ 3 euros pour 100 km en électrique contre 9 à 12 euros en thermique
  • Entretien réduit de 30 à 40 % (pas de vidange, moins d’usure des freins grâce au freinage régénératif)
  • Fiscalité avantageuse qui réduit le coût net

Sur une durée de détention de quatre ans et 25 000 km par an, le TCO d’un véhicule électrique est souvent équivalent ou inférieur à celui d’un diesel, même sans subvention.

Plan de verdissement en quatre étapes

1. Cartographier les usages

Avant tout remplacement, il faut analyser les usages réels de la flotte. Les données de télématique embarquée ou les carnets de bord permettent de connaître :

  • Les distances quotidiennes moyennes parcourues par véhicule
  • Les trajets types (urbain, périurbain, longue distance)
  • Les temps d’immobilisation et les lieux de stationnement
  • Le taux d’utilisation de chaque véhicule

Un véhicule qui parcourt moins de 200 km par jour et stationne la nuit sur un site de l’entreprise est un candidat idéal pour l’électrique. Un commercial qui couvre 600 km par jour en zone rurale nécessitera une solution différente, comme un hybride rechargeable.

2. Dimensionner les infrastructures de recharge

L’installation de bornes de recharge sur les sites de l’entreprise est un prérequis au déploiement de véhicules électriques. Les éléments à prendre en compte :

  • Puissance : des bornes de 7 à 22 kW suffisent pour la recharge nocturne ou diurne sur le lieu de travail
  • Nombre : prévoir un ratio d’une borne pour deux à trois véhicules électriques, en fonction des rotations
  • Gestion intelligente : un système de pilotage permet de répartir la puissance disponible et d’éviter les pics de consommation
  • Pré-équipement : le décret de 2017 impose déjà un pré-câblage dans les parkings neufs de plus de 10 places

Le programme ADVENIR finance jusqu’à 50 % du coût des bornes installées en entreprise, dans la limite de plafonds par point de charge.

3. Planifier le renouvellement

Le verdissement d’une flotte se fait rarement du jour au lendemain. Il s’intègre dans le cycle naturel de renouvellement des véhicules, généralement tous les trois à cinq ans. Un plan pluriannuel permet de :

  • Prioriser les véhicules en fin de contrat ou les plus polluants
  • Lisser les investissements sur plusieurs exercices
  • Former progressivement les conducteurs aux spécificités des véhicules électriques
  • Ajuster la stratégie en fonction des retours d’expérience

4. Accompagner le changement

La résistance au changement est le principal obstacle au verdissement des flottes. Les conducteurs expriment souvent des inquiétudes sur l’autonomie, les temps de recharge et le confort. Quelques mesures permettent de lever ces freins :

  • Organiser des sessions de prise en main avec les premiers véhicules livrés
  • Partager les retours d’expérience positifs des premiers utilisateurs
  • Mettre à disposition une application de localisation des bornes publiques
  • Maintenir un ou deux véhicules thermiques pour les longs trajets exceptionnels pendant la phase de transition

Les alternatives à la voiture individuelle

Le verdissement de la flotte ne se limite pas au remplacement des motorisations. Réduire le nombre de véhicules est encore plus efficace que de les changer. Les leviers complémentaires à explorer :

  • Autopartage : mutualiser les véhicules entre plusieurs collaborateurs grâce à un système de réservation
  • Vélos et vélos à assistance électrique : pour les déplacements courts en zone urbaine, avec prise en charge par le forfait mobilités durables
  • Transports en commun : prise en charge à 75 % de l’abonnement, combinée à un dernier kilomètre en véhicule partagé
  • Visioconférence : chaque réunion à distance remplace un déplacement et ses émissions associées

La transition vers une mobilité plus sobre est un chantier qui dépasse la simple question du type de motorisation. C’est une occasion de repenser les déplacements professionnels dans leur ensemble et de réduire durablement l’empreinte carbone de l’entreprise.