Audit énergétique des bâtiments professionnels : mode d'emploi
À quoi sert un audit énergétique professionnel ?
Un audit énergétique est une analyse détaillée des consommations d’énergie d’un bâtiment ou d’un site industriel. Son objectif est double : comprendre où part l’énergie et identifier les actions les plus rentables pour en consommer moins. Ce n’est pas un simple diagnostic de performance énergétique (DPE) comme celui que l’on connaît dans l’immobilier résidentiel. L’audit professionnel va beaucoup plus loin dans le détail et la modélisation.
En France, la consommation moyenne des bâtiments tertiaires se situe autour de 230 kWh par mètre carré et par an, tous usages confondus. Les bâtiments les plus performants descendent sous les 100 kWh/m²/an, tandis que les plus énergivores dépassent les 400 kWh/m²/an. L’audit permet de situer précisément un bâtiment sur cette échelle et de tracer le chemin vers une performance acceptable.
Qui doit réaliser un audit énergétique ?
L’obligation réglementaire
Depuis la transposition de la directive européenne 2012/27/UE, les grandes entreprises sont tenues de réaliser un audit énergétique tous les quatre ans. Sont concernées les entreprises qui remplissent au moins un de ces critères :
- Plus de 250 salariés
- Chiffre d’affaires annuel supérieur à 50 millions d’euros
- Total de bilan supérieur à 43 millions d’euros
Les entreprises certifiées ISO 50001 sur l’ensemble de leur périmètre sont exemptées de cette obligation.
L’audit volontaire
En dehors de l’obligation, toute entreprise peut commander un audit énergétique. C’est particulièrement recommandé dans les cas suivants :
- Facture énergétique supérieure à 50 000 euros par an
- Bâtiment construit avant 2000 n’ayant jamais fait l’objet de rénovation
- Projet de travaux de rénovation pour dimensionner correctement les investissements
- Candidature à des aides financières qui exigent un audit préalable
Le déroulement d’un audit complet
Phase 1 : recueil des données
L’auditeur commence par collecter toutes les informations disponibles sur le bâtiment et son exploitation :
- Plans architecturaux et notes de calcul thermique
- Factures d’énergie des trois dernières années minimum
- Descriptif des équipements techniques (chauffage, climatisation, éclairage, ventilation)
- Données d’occupation et horaires de fonctionnement
- Travaux réalisés récemment
Cette phase se fait en grande partie à distance, avant la visite sur site. La qualité des données recueillies conditionne directement la pertinence des résultats.
Phase 2 : visite de site et mesures
L’auditeur se rend sur place pour vérifier l’état réel du bâtiment et de ses installations. Il inspecte les éléments suivants :
- L’enveloppe du bâtiment : isolation, vitrages, étanchéité à l’air, ponts thermiques visibles
- Les systèmes de production de chaleur et de froid : type, âge, état, rendement
- Le réseau de distribution : calorifugeage, équilibrage, régulation
- L’éclairage : type de luminaires, niveaux d’éclairement, commandes
- La ventilation : débits, état des filtres, récupération de chaleur
Des mesures ponctuelles complètent l’inspection visuelle : thermographie infrarouge pour détecter les déperditions, mesures de débit d’air, relevés de température. Sur les sites importants, des enregistreurs de données peuvent être posés pendant plusieurs semaines.
Phase 3 : modélisation et analyse
Les données collectées alimentent un modèle thermique du bâtiment. Ce modèle est calé sur les consommations réelles pour s’assurer de sa fiabilité. Il permet ensuite de simuler l’impact de différents scénarios de rénovation et de chiffrer les économies attendues.
L’analyse décompose la consommation par poste :
| Poste | Part typique (bureaux) |
|---|---|
| Chauffage | 35 à 45 % |
| Climatisation | 10 à 20 % |
| Éclairage | 15 à 25 % |
| Ventilation | 10 à 15 % |
| Bureautique et autres | 10 à 20 % |
Phase 4 : recommandations et plan d’action
Le rapport d’audit présente une liste d’actions classées par ordre de priorité. Pour chaque action, l’auditeur fournit :
- La description technique de l’intervention
- L’estimation du coût d’investissement
- Les économies d’énergie annuelles attendues en kWh et en euros
- Le temps de retour sur investissement
- Les aides financières mobilisables
Les actions sont généralement regroupées en trois scénarios :
- Scénario 1 : actions à coût nul ou faible, retour immédiat (optimisation des réglages, maintenance)
- Scénario 2 : investissements modérés avec retour en 3 à 7 ans (éclairage, régulation, calorifugeage)
- Scénario 3 : rénovation lourde avec retour en 7 à 15 ans (isolation, remplacement de générateurs, photovoltaïque)
Le coût d’un audit énergétique
Les tarifs varient selon la taille et la complexité du bâtiment :
- Petit bâtiment tertiaire (< 2 000 m²) : 3 000 à 6 000 euros HT
- Bâtiment tertiaire moyen (2 000 à 10 000 m²) : 6 000 à 15 000 euros HT
- Grand site tertiaire ou industriel (> 10 000 m²) : 15 000 à 40 000 euros HT
Ces montants couvrent l’ensemble des phases, du recueil de données à la remise du rapport final. Il est important de comparer les offres sur le contenu des prestations et pas uniquement sur le prix. Un audit bâclé à 3 000 euros n’apportera pas les mêmes enseignements qu’un audit approfondi réalisé par un bureau d’études qualifié RGE ou OPQIBI.
Choisir le bon prestataire
Plusieurs critères permettent de sélectionner un auditeur compétent :
- Qualification reconnue : OPQIBI 1905 (audit énergétique des bâtiments) ou équivalent
- Références dans le même type de bâtiment
- Outils de simulation thermique dynamique pour les bâtiments complexes
- Indépendance vis-à-vis des fournisseurs d’équipements et de travaux
- Disponibilité pour accompagner la mise en oeuvre des recommandations
L’ADEME tient à jour un annuaire de professionnels qualifiés, consultable gratuitement sur son site. Les CCI et les syndicats professionnels du bâtiment peuvent également orienter les entreprises vers des prestataires fiables.
Un audit bien conduit est un investissement qui se rentabilise par les économies qu’il permet de réaliser. C’est le socle sur lequel repose toute stratégie sérieuse de performance énergétique.